En consultant la presse ce 4 février, on peut lire que la fermeture d'une classe à Cucq
se confirme et sera probablement entérinée lors de la prochaine réunion du CTPD (comité technique paritaire départemental) du 12 février.
Après la fermeture de classes à Stella il y a trois ans, à l'école maternelle de Cucq il y a deux ans, c'est au tour de l'école primaire de Cucq... Elle était pourtant prévisible depuis la
fermeture de la classe de maternelle, et aurait peut-être pu être évitée de ce fait...
Comment interpréter cette décision ? Peut-on remédier à ce problème récurrent dans la commune ?
Quelques explications techniques et arithmétiques s'imposent tout d'abord (pour ceux qui
ne sont pas intéressés par cette arithmétique indigeste, ils peuvent tout de suite passer à la partie suivante : "pourquoi ?")
L'Administration académique ne ferme pas à proprement parler de classes : elle supprime des postes
d'enseignants. Bien sûr, dans l'enseignement primaire, supprimer un poste d'enseignant revient à fermer une classe ; mais si on prend le cas de l'école du grand Bleu à Stella par exemple, le
poste supprimé (qui devait être supprimé à Trépied et non à Stella) a conduit à fermer tout le cycle 3 et à le transférer à Trépied : cette
décision, prise dans la précipitation, menace l'avenir de l'école elle-même...
Comment l'Inspection académique détermine-t-elle les fermetures et ouvertures de classes ?
Dans l'enseignement du premier degré, il n'existe pas de normes nationales en matière d'ouverture ou de fermeture de classes ; l'Inspecteur d'Académie décide
donc des seuils et critères en fonction du nombre de postes que le Ministère lui attribue - ou lui supprime-, et des caractéristiques sociales des zones.
Les seuils retenus tiennent également compte de critères plus qualitatifs (zones en difficulté ou non)
En règle générale, on estime, pour une zone sans difficulté particulière comme la nôtre :
-
à environ 24 élèves par classe en moyenne le seuil de
fermeture d'une classe (effectif moyen au-deçà duquel on supprime un poste (ce qui revient le plus souvent à dire qu'on ferme une classe),
- à 28 à 30 élèves par classe en moyenne le seuil d'ouverture d'une classe (effectif moyen au-delà duquel on crée un poste d'enseignant (on ouvre une
classe)
Prenons l'exemple de l'école de Cucq, qui a 5 classes (il peut y avoir quelques approximations dans les chiffres, mais le raisonnement reste le
même) ; nous retenons un seuil de fermeture de 24 élèves, et d'ouverture de 28:
- la capacité maximum d'accueil actuelle est de 5 x 28 = 140 élèves
- le seuil de fermeture avant mesure est de 5 x 24 = 120 élèves
- le seuil d'ouverture après mesure est de 4 (il ne resterait que 4 classes) x 28 = 112 élèves
L'effectif théorique de l'école à la rentrée 2009 est de :
104 (effectif actuel) - 21 (élèves de CM2 qui auront quitté l'école en septembre) + 16 (élèves de la grande section maternelle qui intégreront l'école en septembre) = 99 élèves
L'arithmétique est implacable, et une fermeture de classe est donc envisagée par l’Inspection d’Académie car :
- l’effectif théorique à la rentrée 2009 avant fermeture est inférieur à 120 élèves.
- l’effectif théorique à la rentrée 2009 après fermeture
est inférieur à 112 élèves.
Dans ce cas de figure, il aurait suffi de 13 élèves
supplémentaires pour que la classe ne ferme pas ; bien sûr, la mesure peut encore changer car une fermeture conditionnelle décidée en février est levée quand le seuil de
fermeture est dépassé en juin ou en septembre.
La politique de suppression de postes (environ 6000 dans l'enseignement primaire), et celle de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ne laisse pas espérer de
nombreuses créations dans un proche avenir...
Pourquoi les écoles de la commune se vident-elles ?
- La première raison est rationnelle et est liée à l'évolution démographique : le nombre d'enfants en
âge scolaire a diminué entre le recensement de 1999 et celui de 2006, et la population est vieillissante à Cucq, comme en témoigne le graphique de l'INSEE (consultable sur le "site de
la commune" ou celui de l'INSEE) :
- la seconde constatation est plus inquiétante et concerne la fuite des élèves vers d'autres communes limitrophes, dans
l'enseignement public ou dans l'enseignement privé.
Lors d'un Conseil d'école à l'école du Grand Bleu à Stella il y a trois ans, auquel
j'assistais (l'aide aux devoirs n'avait pas encore été sabotée...) ainsi que l'Adjoint au Maire, l'Inspecteur de l'Education nationale (IEN), Monsieur Hautecoeur, avait insisté sur le fait que la
commune détenait un triste record puisque 40 % des effectifs d'enfants de la commune étaient scolarisés
hors-commune !!!
L'analyse des raisons de cette fuite est complexe, et plusieurs pistes sont ouvertes, plus ou moins vérifiables :
- certains parents travaillent à l'extérieur et trouvent avantage à scolariser leur enfant dans la commune où ils travaillent, ce qui se conçoit aisément en l'absence de carte
scolaire ; à l'inverse, des enfants des communes voisines sont scolarisés à Cucq
- certains parents, de condition modeste, déménagent car ils trouvent, à Etaples par exemple, des logements sociaux (ce qui a été dit en Conseil d'école à la maternelle de
Cucq)
- faute d'une étude globale sur le long, le moyen et le court termes,
avec étude des évolutions d'effectifs scolarisables de la commune, étude de cohortes
d'élèves, prévision des fermetures ou ouvertures de classes à 5 ans, travail collectif sur le rôle
potentiel de chaque école dans la structure éducative, les écoles ont vécu au jour le jour, dans l'immobilisme ambiant, apprenant en février leur structure de septembre ;
les mouvements d'instituteurs ont été fréquents et ont pu déstabiliser une partie des parents d'élèves
- le retard pris par rapport aux autres communes dans les domaines de l'équipement (informati
que et culturel), des activités péri-scolaires ont nui à l'image de marque des écoles de la commune
- aucun projet éducatif global au niveau de la commune n'existe, qui ferait se rencontrer enseignants, éducateurs, parents, enfants des trois hameaux autour de thèmes communs
: on a parfois l'impression de se retrouver dans une "guerre des boutons", une querelle de clochers, où les écoles des trois hameaux donnent l'impression de se faire concurrence
plutôt que d'être complémentaires et liées au travers d'un même objectif
- d'autres facteurs, plus empiriques, peuvent parfois jouer : les rumeurs ont la dent dure, et mettent parfois en cause la
qualité de l'enseignement qui est pourtant bonne d'après l'inspection pédagogique.
Mais la rumeur enfle vite :
- raisonnablement, il est inconcevable qu'un enseignant puisse écrire des courriels ou utiliser une messagerie instantanée pendant le temps
de classe, puisque nul n'ignore qu'un enseignant consacre l'intégralité de son temps de présence devant élèves à ses élèves, et leur apporte connaissances et soutien ;
- de même , chacun sait que tout enseignant digne de ce nom a intégré la valeur de cette école publique, qui est de
mettre tous les enfants à égalité de chances, de leur donner confiance en leurs capacités, et de valoriser les savoirs et
savoir-faire de
tous, même (et surtout) de ceux qui rencontrent des difficultés scolaires, sans privilégier les meilleurs
... ; l'"élitisme" n'a pas sa place dans l'école publique, et les enfants en difficulté (même à l'école maternelle), quelle qu'en soit la raison, méritent autant que d'autres de réussir et d'être
conscients de leur valeur : tous les enseignants le savent, ont intégré et pratiquent une pédagogie de la réussite qui leur permet d'atteindre ces objectifs, et de rencontrer des enfants heureux
d'aller à l'école !!
Et pourtant, certaines rumeurs invraisemblables peuvent courir, enfler, se répandre...
Et ce sont de telles rumeurs qui font que des parents choisissent parfois de mettre leur enfant dans une autre école, y compris dès la maternelle ; la valeur exemplaire de l'enseignant
et toutes les activités qu'il peut proposer à ses élèves ne suffisent pas toujours à prouver que ce "bruit" est mal-fondé...
Il me semble qu'il est grand'temps d'enrayer la machine à désertifier nos écoles :
- faire en sorte que la politique sociale communale permette d'accueillir de nombreux jeunes, par une
politique de logements accessibles financièrement : lotissements communaux à loyers modérés, logements sociaux, etc...
- repenser globalement, avec les enseignants, les parents d'élèves, la municipalité, l'avenir et l'orientation de chaque école, à partir d'une étude chiffrée solidement étayée et argumentée
: or, personne n'a été capable (ou n'a eu envie ?) de me communiquer le nombre d'enfants scolarisables dans
la commune (à partir de l'état civil par exemple), alors qu'il s'agit du premier élément de gestion
prévisionnelle ! Aucune étude de flux ou de cohorte n'est faite...
Les trois écoles primaires de la commune ont-elles vocation à posséder toutes trois les cycles 2 et 3 ? Trois écoles sont-elles indispensables à terme ? Comment pourrait-on réorganiser
ces différentes entités pour qu'elles ne soient plus mises en concurrence, mais bien complémentaires ?
Autant de questions qu'il faut se poser et auxquelles il faut tenter de répondre
objectivement
- travailler à un projet éducatif global qui regrouperait non seulement les écoles des trois hameaux, mais des partenaires
extérieurs, des animateurs culturels et sportifs, la municipalité, etc...
- développer en profondeur une pédagogie de la réussite qui donne confiance à tous les enfants et donne à chacun les armes pour s'épanouir et se cultiver.
- faire en sorte que les progrès techniques soient davantage intégrés dans l'enseignement en mettant les matériels à disposition
suffisante.
La jeunesse est notre avenir, ne la laissons pas se décourager et s
'enfuir !!!
Derniers Commentaires